Développer les compétences psychosociales des élèves de maternelle

Tu veux aider tes élèves de maternelle à mieux gérer leurs émotions, à se faire des copains et à croire en eux, mais tu ne sais pas vraiment par où commencer. Normal. Développer les compétences psychosociales peut sembler abstrait, alors qu’en réalité, c’est simple : il s’agit d’apprendre aux enfants à repérer ce qu’ils ressentent, à communiquer avec les autres et à prendre confiance. Dans ce texte, on va voir pourquoi c’est essentiel dès la maternelle, quels outils concrets tu peux utiliser et comment adapter ta posture au quotidien. À la fin, tu repars avec des pistes actionnables cette semaine, même si ton emploi du temps déborde.

Pourquoi développer les CPS dès la maternelle

Les compétences psychosociales, ou CPS, désignent selon l’OMS les aptitudes qu’une personne mobilise pour faire face aux exigences de la vie quotidienne et prendre part à la vie sociale. Concrètement, il s’agit d’apprendre à identifier ses émotions, à entrer en relation avec les autres de manière positive et à croire en ses capacités. Ces compétences de vie regroupent trois grandes familles : les compétences cognitives (réfléchir, résoudre des problèmes), émotionnelles (réguler ce qu’on ressent) et sociales (communiquer, coopérer).

Travailler ces compétences dès la maternelle, c’est poser les fondations pour tout le reste de la scolarité. Lorsque les élèves développent tôt ces aptitudes dites « de base », ils sont mieux armés pour aborder des apprentissages plus complexes au fil des années. Selon le classement Pisa de 2018, la France se classe 62e sur 65 pays de l’OCDE pour la confiance en soi des élèves, alors que cette compétence constitue un déterminant majeur de la réussite scolaire. Autrement dit, si on ne s’en occupe pas tôt, le décalage se creuse.

Concrètement, le développement des compétences psychosociales favorise l’autonomisation des enfants, leur bien-être psychologique et la construction de relations saines. Il contribue aussi à prévenir les comportements à risque et les situations de harcèlement. J’ai vu dans des classes de maternelle à quel point un petit qui sait dire « je suis en colère » au lieu de taper gagne en pouvoir d’agir. Et ce n’est pas que pour lui : le climat de classe s’améliore, les tensions diminuent et les enseignants respirent mieux.

Les CPS renforcent également le bien-être des enseignants. Quand les interactions sont fluides, quand les conflits sont rares, la charge mentale baisse. Plusieurs études ont confirmé les effets positifs des programmes de développement des compétences psychosociales, notamment sur la santé globale des élèves et sur leur réussite. Depuis la rentrée 2024, les cours d’empathie sont généralisés dans les écoles maternelles et élémentaires, dans le cadre du plan interministériel de lutte contre le harcèlement. Former les élèves à l’empathie dès le plus jeune âge améliore la qualité des relations et favorise l’acquisition de compétences indispensables au vivre ensemble.

Méthodes et outils concrets pour la maternelle

Tu n’as pas besoin de tout inventer. Des ressources validées scientifiquement existent et sont directement utilisables. La mascotte Nounah, développée par l’académie de Versailles, propose une peluche « qui fait réfléchir avant d’agir ». L’idée : offrir un support visuel et affectif qui aide les petits à verbaliser leurs émotions et à réfléchir à leurs comportements. Toutes les informations pour mettre en œuvre ce projet (histoires, jeux, propositions d’ateliers, notice de fabrication) sont disponibles sur un magistère dédié.

Autre ressource solide : le kit Covid’ailes. Publié en sortie de confinement, il reste pertinent aujourd’hui. Il comprend 12 séquences pour la maternelle, chacune s’ouvrant et se clôturant par un rituel. On y trouve des activités variées : la roue pour parler, la météo intérieure, les devinettes émotions, le mime des émotions, le portrait chinois, la respiration porte-manteau, ou encore des discussions autour de la peur, de la liberté ou du bonheur. Chaque séance s’appuie sur de la littérature de jeunesse, des vidéos (comme celles des Ptits Philosophes) et du matériel à imprimer, le tout émanant de sources fiables.

Les outils ScholaVie constituent également une mine d’or. Des dizaines de ressources en accès libre, validées par un conseil scientifique et un comité pédagogique, sont téléchargeables gratuitement. Tu peux les adapter à tes envies, tes besoins, ceux de tes élèves. Ils sont faciles à intégrer aux pratiques pédagogiques quotidiennes et régulièrement mis à jour. Ces outils couvrent tous les niveaux, de la maternelle au lycée, et permettent de travailler les compétences psychosociales de manière structurée ou plus informelle.

Depuis 2024, un kit de trois volumes a été mis à disposition des professeurs pour accompagner la généralisation des séances d’empathie. Il est conçu pour être utilisé directement en classe, sans formation préalable lourde. La Direction générale de l’enseignement scolaire propose également un épisode en ligne « Perspectives sur… » dédié à la mise en œuvre de ces séances, avec des illustrations en classe de CM1-CM2, un regard sur les gestes professionnels et la posture de l’enseignante, ainsi qu’un éclairage par la recherche. Cette vidéo est disponible sur le site Podéduc.

Enseignantes et élèves travaillant ensemble autour d'un document

Le programme ProDAS pour les 4-5 ans

Le programme de développement affectif et social, ou ProDAS, cible spécifiquement les moyennes et grandes sections de maternelle, à partir de 4 ans jusqu’à 5 ans. Il s’agit d’un programme psycho-éducatif de promotion de la santé mentale des enfants, visant à prévenir à long terme le mal-être et les violences chez les élèves. Le ProDAS se concentre de façon coordonnée sur trois facteurs fondamentaux du développement affectif et social : la conscience, la réalisation et l’interaction sociale.

La conscience, c’est la capacité à identifier ce qu’on ressent, ce qu’on pense et la façon dont on se comporte. À 4 ou 5 ans, les enfants sont naturellement très conscients d’eux-mêmes : ils sont disponibles, réceptifs, et ils filtrent peu ce qu’ils perçoivent. Ils formulent spontanément ce qu’ils ressentent, autant que leur vocabulaire le permet. Le ProDAS a pour objectif de préserver cette conscience en développant leurs capacités à formuler leurs ressentis et leur tolérance aux différences individuelles. Jusqu’à cet âge, le programme aborde des thèmes véhiculant des valeurs, des idées ou des actions positives. À partir de 6 ans, les enfants distinguent mieux le réel et l’imaginaire, ce qui permet d’aborder des thèmes plus complexes, incluant des émotions et des comportements jugés négatifs.

La réalisation, second pilier du ProDAS, désigne la prise de conscience de ses capacités, ses réussites et ses limites. Cette forme de connaissance de soi permet de construire une perception positive de soi, en s’appuyant sur des références internes plutôt que sur le regard des autres. De 4 à 5 ans, le travail sur la réalisation vise à favoriser la confiance en soi et la responsabilité des enfants. Ce travail s’effectue essentiellement en dehors des temps de cercles, à travers toute activité scolaire. Tout exercice peut servir de support pour permettre aux enfants de prendre conscience de leurs capacités et de développer leur confiance en expérimentant et en s’exprimant à ce propos. L’objectif : aider les enfants à s’affirmer sans fausse modestie ni fausse pudeur, à se reconnaître le pouvoir de s’auto-évaluer et le droit d’être fiers de leurs réalisations sans nuire aux autres.

L’interaction sociale, troisième facteur du ProDAS, concerne la capacité à identifier l’influence qu’on a sur son environnement et celle que celui-ci a sur nous. De 4 à 5 ans, ce facteur peut être travaillé autour de la prise de conscience des impacts de ses agissements sur autrui et de ceux des autres sur soi, ainsi que des effets de l’inclusion, de l’influence et de l’affection au sein d’un groupe. L’enseignant formé au ProDAS accompagne ses élèves à comprendre comment ils s’affectent et s’influencent les uns les autres. Ce travail favorise une meilleure appréhension des situations sociales et une meilleure capacité à gérer les conflits. Le Planning Familial propose des formations aux enseignants qui souhaitent mettre en place le ProDAS en classe de maternelle.

Postures enseignantes et pratiques quotidiennes

Les jeunes élèves apprennent beaucoup par imitation. Plus ils sont entourés d’adultes qui font un usage explicite des compétences psychosociales, mieux ils les intègrent. Par exemple, un adulte qui verbalise une émotion forte qu’il ressent lui-même (la colère qui monte) et la manière dont il s’y prend pour la maîtriser (en prenant une grande respiration) adopte une posture qui favorise l’apprentissage. Il montre qu’il est possible d’agir sur une émotion forte. J’ai testé cette approche dans ma pratique et le changement est rapide : les enfants reproduisent ce qu’ils voient faire.

Pour agir sur le contexte, l’enseignant peut réfléchir à des modalités pédagogiques qui favorisent la prise en compte des besoins psychologiques fondamentaux des élèves : l’autonomie, la proximité sociale et la compétence. Concrètement, cela signifie donner l’occasion aux élèves d’avoir leur mot à dire, de pouvoir choisir. Cela signifie aussi postuler que les relations sociales ne se construisent pas seules et se rendre disponible le plus souvent possible pour des interactions individualisées. Réfléchir à des dispositifs qui favorisent l’intégration au groupe (bâton de parole, pédagogie de l’écoute, jeux de coopération) change la dynamique de classe.

Les pratiques pédagogiques transversales intégrées au quotidien sont également efficaces. Apprendre à observer ce qui se passe en soi sans réagir immédiatement constitue une compétence clé. Par exemple, demander à un élève de venir réciter une poésie en regroupement peut provoquer une réaction automatique forte (cœur qui bat, envie de fuir). Pour l’élève, apprendre à prendre du recul par rapport aux émotions, c’est identifier où cela se passe dans son corps, quelle émotion se cache derrière. Formuler ou recevoir un message clair à l’intention d’un camarade permet également de développer les CPS de résolution de problèmes, de régulation des émotions et d’empathie.

Avoir conscience du biais de négativité aide aussi. Ce processus adaptatif nous permet d’éviter les situations désagréables, mais il nous encourage parfois à ne voir que ce qui ne va pas. Rééquilibrer cette attention est possible en proposant « un journal d’attention » : dire trois choses satisfaisantes qui se sont bien passées dans la journée. Les élèves apprennent ainsi à mieux repérer leurs ressources, leurs compétences, à mieux réguler leurs émotions. Cette pratique prend deux minutes et change profondément la façon dont les enfants perçoivent leur journée à l’école.

Les résultats de la recherche montrent qu’une démarche de projet combinant des ateliers ciblés et une pédagogie adaptée est optimale. Proposer des ateliers intensifs qui s’inscrivent dans la durée (un cycle de 8 à 10 séances par exemple, avec un renforcement quelques semaines plus tard) est plus efficace qu’une approche ponctuelle. Travailler les CPS de manière formelle (à partir d’ateliers structurés qui s’appuient sur des supports) et de manière informelle (au fil des situations quotidiennes) est complémentaire. L’intervention d’un spécialiste formé aux CPS aura plus d’efficacité sur le développement des compétences elles-mêmes, mais en termes d’efficacité sur les relations, seule l’intervention de l’enseignant a un effet significatif.

Impliquer l’ensemble de l’équipe éducative (ATSEM, périscolaire, personnels de santé) et les familles dans une vision commune construite autour d’un projet CPS renforce l’impact. Proposer aux élèves un environnement éducatif soutenant, c’est multiplier les occasions pour eux de vivre des situations d’apprentissage cohérentes. Lorsqu’il n’est pas possible de faire intervenir un professionnel, il est tout à fait envisageable de mettre en place des ateliers ou de concevoir un projet à partir de ressources ciblées comme efficaces. Tu peux commencer petit : une séance par semaine pendant un mois, avec un support simple comme la météo intérieure. Tu verras vite la différence.

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